Article du Magazine CORSICA
La droite détenait la Région depuis vingt-cinq ans. Et ce, malgré le Conseil général de Haute-Corse et les deux grandes villes à gauche. L'usure du pouvoir n'est pas seule en cause. Retour sur une défaite électorale et politique.
La campagne avait commencé par un coup de théâtre, lorsque, le 12 mars 2009, Ange Santini décide, contre toute attente (les membres de la majorité n'ont pas été mis dans la confidence) de retirer le Padduc (enfin les 20 % qui n'ont pas encore été débattus) de l'ordre du jour, privant les conseillers territoriaux de débat et de vote. Ce jour-là, l'Ump remportait une bataille politique face à une opposition pour qui, à moins d'un an de la territoriale, il s'agissait davantage d'affaiblir la majorité (relative) que de débattre sur le fond. Ce jour-là, l'Ump promettait aussi de mettre le Padduc au centre de la campagne pour les territoriales. Il faudra attendre d'être à quinze jours, trois semaines tout au plus, du premier tour de scrutin pour que démarre, enfin, cette campagne. Jusque-là, ce n'aura été que confusion. Camille de Rocca Serra qui veut l'Exécutif et dézingue Ange Santini pour justifier sa décision. La fausse résistance du Calvais qui rend les armes assez vite sur injonction de l'Élysée. La réconciliation en bois (elle n'est pas sans rappeler celle de Marc Marcangeli et José Rossi en 2001) qui désole bien davantage qu'elle ne rassure. La rivalité ouverte puis médiatisée de madame Natali et de madame Grimaldi pour une place de n° 2 arbitrée par le Président de la République ! Nicolas Sarkozy, entre-temps, est venu à Ajaccio expliquer ce qu'il ne fallait plus faire (exit le Padduc) et ce qu'il fallait faire, distribuant, comme pour plus de sûreté, les tâches et la maîtrise d'oeuvre à divers ministres et secrétaires d'État. Ce jour-là, au premier rang d'un parterre d'« invités », Paul Giacobbi, vrai-faux ministrable depuis l'été, boit du petit-lait. Pour tout dire, depuis quelque temps, il se dit, et la rue l'entend, que Nicolas Sarkozy veut se débarrasser de ses deux « amis ». Camille et Ange (il faut les appeler par leur prénom pour signifier l'affection qui les lie mais il faut respecter la hiérarchie dans l'énoncé) accoucheront dans la douleur (le dimanche qui précède le jour du dépôt des listes, à 2 heures du matin, on s'invective encore et on barre des noms) d'une liste qui ne satisfait personne : ni les militants ni les électeurs. Le ressentiment des uns et des autres ne se démentira pas. Voilà pour l'arrière-plan. Deux facteurs essentiels viennent maintenant expliquer la chute de la maison Ump. Le premier est d'ordre tactique. Une fois de plus, assurément de trop, on a fait l'impasse sur Ajaccio et ses 34 000 inscrits. Tablant sur les 4 500 bulletins nécessaires et suffisants que la cité impériale a déjà procurés en 2004 sans que pour cela on partage le pouvoir régional avec les Ajacciens. Peut-on imaginer Paca avec Bouc-Bel-Air et Marignane mais sans Marseille ? Ou Ile-de-France avec Marne-la-Vallée, Versailles et Fontainebleau mais sans Paris ? Depuis 2004, on connaît la Corse avec Serra di Ferro et Urbalacone mais sans Ajaccio. La « capitale régionale », premier foyer électoral (et fiscal) de l'île fait peur aux présidents, qui ne seraient probablement pas présidents si... La tentation de reconduire « l'axe des sous-préfecture », pour reprendre la formule de Noël Pantalacci (ex-président du Comité central bonapartiste), aura été la plus forte. Le deuxième facteur est de nature organique. En un mot comme en cent cette Ump de Corse ne fait pas rêver. Trop proche, trop dépendante qu'elle se montre des instances nationales. Et ses leaders n'incarnent pas l'espérance. Trop collée qu'est leur image à celle d'un Nicolas Sarkozy au plus bas dans les sondages. Du reste, depuis 2007, la référence au Président-de-la-République-ami aura souvent - trop souvent ? - prévalu dans les harangues comme dans la présentation des projets ou des dossiers et ce, parfois, souvent, au détriment de l'analyse. L'opposition, la plupart du temps sans contre-projet, s'est engouffrée dans ce vide stratégique. Donnant à sa réflexion sociétale une vraie dimension politique. Prise dans l'étau « progressiste » de la gauche et des nationalistes, l'Ump a eu beau faire, son discours sonnait irrémédiablement « conservateur ». Autrement dit, il se révélait en décalage avec les aspirations d'un électorat tourné vers l'emploi, le logement et le pouvoir d'achat plutôt que vers les pôles d'excellence, l'attractivité du territoire ou l'économie durable. Un électorat enclin, désormais, à faire davantage confiance aux siens qu'à Paris ou à des élus qui se prévalent de solidarité avec le gouvernement. Le mal est peut-être plus profond qu'il n'y parait : comme l'indique le sigle qui le désigne, Ump, ce parti a pour vocation de relayer la majorité présidentielle. Ce qui n'est pas forcément au détriment d'une gestion régionale de qualité mais réduit considérablement le champ politique. Et pourrait l'amener à regretter le temps où il avait pour partenaire une Udf forte et indépendante. Toujours est-il que les nationalistes progressent. Que le sentiment identitaire n'est plus considéré comme un repli sur soi stérile mais plutôt comme un refuge salutaire. Et que la gauche, ou plutôt la coalition des gauches, plus encore que gérer, entend construire, définir le cadre dans lequel pourront s'exprimer de nouvelles orientations. Savoir si elle y parviendra - ne porte-t-elle pas en son sein ses propres contradictions ? - est une autre question. Gérard Longuet, le président du groupe Ump au Sénat, déclarait récemment : « On survit parfaitement à un échec aux régionales. » Rien n'est moins sûr. Si la vie politique est une compétition elle est aussi un débat. L'Ump de Corse a un besoin urgent de rénovation. Et de rénovateurs... La tentative aussi rocambolesque que désolante de contrarier l'ordre établi par le suffrage universel au troisième tour de cette territoriale donne une idée de l'ampleur de la tâche.
La droite détenait la Région depuis vingt-cinq ans. Et ce, malgré le Conseil général de Haute-Corse et les deux grandes villes à gauche. L'usure du pouvoir n'est pas seule en cause. Retour sur une défaite électorale et politique.
La campagne avait commencé par un coup de théâtre, lorsque, le 12 mars 2009, Ange Santini décide, contre toute attente (les membres de la majorité n'ont pas été mis dans la confidence) de retirer le Padduc (enfin les 20 % qui n'ont pas encore été débattus) de l'ordre du jour, privant les conseillers territoriaux de débat et de vote. Ce jour-là, l'Ump remportait une bataille politique face à une opposition pour qui, à moins d'un an de la territoriale, il s'agissait davantage d'affaiblir la majorité (relative) que de débattre sur le fond. Ce jour-là, l'Ump promettait aussi de mettre le Padduc au centre de la campagne pour les territoriales. Il faudra attendre d'être à quinze jours, trois semaines tout au plus, du premier tour de scrutin pour que démarre, enfin, cette campagne. Jusque-là, ce n'aura été que confusion. Camille de Rocca Serra qui veut l'Exécutif et dézingue Ange Santini pour justifier sa décision. La fausse résistance du Calvais qui rend les armes assez vite sur injonction de l'Élysée. La réconciliation en bois (elle n'est pas sans rappeler celle de Marc Marcangeli et José Rossi en 2001) qui désole bien davantage qu'elle ne rassure. La rivalité ouverte puis médiatisée de madame Natali et de madame Grimaldi pour une place de n° 2 arbitrée par le Président de la République ! Nicolas Sarkozy, entre-temps, est venu à Ajaccio expliquer ce qu'il ne fallait plus faire (exit le Padduc) et ce qu'il fallait faire, distribuant, comme pour plus de sûreté, les tâches et la maîtrise d'oeuvre à divers ministres et secrétaires d'État. Ce jour-là, au premier rang d'un parterre d'« invités », Paul Giacobbi, vrai-faux ministrable depuis l'été, boit du petit-lait. Pour tout dire, depuis quelque temps, il se dit, et la rue l'entend, que Nicolas Sarkozy veut se débarrasser de ses deux « amis ». Camille et Ange (il faut les appeler par leur prénom pour signifier l'affection qui les lie mais il faut respecter la hiérarchie dans l'énoncé) accoucheront dans la douleur (le dimanche qui précède le jour du dépôt des listes, à 2 heures du matin, on s'invective encore et on barre des noms) d'une liste qui ne satisfait personne : ni les militants ni les électeurs. Le ressentiment des uns et des autres ne se démentira pas. Voilà pour l'arrière-plan. Deux facteurs essentiels viennent maintenant expliquer la chute de la maison Ump. Le premier est d'ordre tactique. Une fois de plus, assurément de trop, on a fait l'impasse sur Ajaccio et ses 34 000 inscrits. Tablant sur les 4 500 bulletins nécessaires et suffisants que la cité impériale a déjà procurés en 2004 sans que pour cela on partage le pouvoir régional avec les Ajacciens. Peut-on imaginer Paca avec Bouc-Bel-Air et Marignane mais sans Marseille ? Ou Ile-de-France avec Marne-la-Vallée, Versailles et Fontainebleau mais sans Paris ? Depuis 2004, on connaît la Corse avec Serra di Ferro et Urbalacone mais sans Ajaccio. La « capitale régionale », premier foyer électoral (et fiscal) de l'île fait peur aux présidents, qui ne seraient probablement pas présidents si... La tentation de reconduire « l'axe des sous-préfecture », pour reprendre la formule de Noël Pantalacci (ex-président du Comité central bonapartiste), aura été la plus forte. Le deuxième facteur est de nature organique. En un mot comme en cent cette Ump de Corse ne fait pas rêver. Trop proche, trop dépendante qu'elle se montre des instances nationales. Et ses leaders n'incarnent pas l'espérance. Trop collée qu'est leur image à celle d'un Nicolas Sarkozy au plus bas dans les sondages. Du reste, depuis 2007, la référence au Président-de-la-République-ami aura souvent - trop souvent ? - prévalu dans les harangues comme dans la présentation des projets ou des dossiers et ce, parfois, souvent, au détriment de l'analyse. L'opposition, la plupart du temps sans contre-projet, s'est engouffrée dans ce vide stratégique. Donnant à sa réflexion sociétale une vraie dimension politique. Prise dans l'étau « progressiste » de la gauche et des nationalistes, l'Ump a eu beau faire, son discours sonnait irrémédiablement « conservateur ». Autrement dit, il se révélait en décalage avec les aspirations d'un électorat tourné vers l'emploi, le logement et le pouvoir d'achat plutôt que vers les pôles d'excellence, l'attractivité du territoire ou l'économie durable. Un électorat enclin, désormais, à faire davantage confiance aux siens qu'à Paris ou à des élus qui se prévalent de solidarité avec le gouvernement. Le mal est peut-être plus profond qu'il n'y parait : comme l'indique le sigle qui le désigne, Ump, ce parti a pour vocation de relayer la majorité présidentielle. Ce qui n'est pas forcément au détriment d'une gestion régionale de qualité mais réduit considérablement le champ politique. Et pourrait l'amener à regretter le temps où il avait pour partenaire une Udf forte et indépendante. Toujours est-il que les nationalistes progressent. Que le sentiment identitaire n'est plus considéré comme un repli sur soi stérile mais plutôt comme un refuge salutaire. Et que la gauche, ou plutôt la coalition des gauches, plus encore que gérer, entend construire, définir le cadre dans lequel pourront s'exprimer de nouvelles orientations. Savoir si elle y parviendra - ne porte-t-elle pas en son sein ses propres contradictions ? - est une autre question. Gérard Longuet, le président du groupe Ump au Sénat, déclarait récemment : « On survit parfaitement à un échec aux régionales. » Rien n'est moins sûr. Si la vie politique est une compétition elle est aussi un débat. L'Ump de Corse a un besoin urgent de rénovation. Et de rénovateurs... La tentative aussi rocambolesque que désolante de contrarier l'ordre établi par le suffrage universel au troisième tour de cette territoriale donne une idée de l'ampleur de la tâche.



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